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Chronique sourcée

Blocus des lycées : Nuñez et la répression de la jeunesse

ACAB Nonobstant, épisode 17

Un lycéen la tête dans une rivière, une gamine de quatorze ans prise à la gorge, et Laurent Nuñez jure que la police ne réprime pas la jeunesse. Bienvenue dans cet épisode 17 de ACAB Nonobstant.

Donc dimanche, cette grosse cuve à pisse explique au Syndicat de la magistrature que les forces de l’ordre ne répriment pas la jeunesse. Elles la protègent.

Belfort, Troyes, Seine-Saint-Denis, Alençon

Ah oui, elles la protègent. Vendredi à Belfort, elles l’ont protégée en maintenant un lycéen allongé dans une rivière, la tête dans l’eau.

Le procureur a tout regardé, et pour lui, c’est cohérent : le policier voulait juste l’isoler de la foule. Pour isoler quelqu’un de la foule, rien de tel que le fond d’une rivière.

Jeudi à Troyes, elles l’ont protégée avec une voiture banalisée lancée au milieu des lycéens, en balançant du gaz par les vitres.

La préfecture parle d’une « séquence isolée de son contexte ». J’ai regardé le contexte : c’est des ados devant leur lycée. Ça n’arrange rien.

Vendredi en Seine-Saint-Denis, des lycéens se réfugient dans un fast-food après une charge, et un flic en civil, entouré de CRS, tape la vitrine à coups de matraque pour aller les chercher.

Et à Alençon, une gamine de quatorze ans se retrouve dans une clé d’étranglement, filmée. Selon les autorités, l’intervention était proportionnée. Proportionnée à quoi ? À une élève de seconde ?

Heureusement qu’on a la police pour nous protéger.

Les chiffres du ministre

Et ces chiffres, ce ne sont pas des gauchistes qui les sortent. C’est lui. C’est le ministre qui annonce plus de cinq mille interpellations en cinq jours, et c’est encore lui qui précise que quatre-vingt-cinq pour cent des interpellés sont des mineurs. Mercredi, il nous expliquait qu’en face, ce sont des mineurs, donc qu’il y a un usage très proportionnel des armes. Le même jour, l’IGPN était saisie de trois enquêtes. À Tours, un lycéen venait de finir à l’hôpital, blessé à la tête. Très proportionnel.

Alors quand des juges, pas des militants, des juges, dénoncent les gazages, les armes qui mutilent et une Justice qui demande aux parquets de faire passer la répression avant tout, le ministre leur répond qu’ils se trompent. Évidemment. Qu’est-ce que des magistrats connaîtraient à la loi ?

Petit rappel de droit

Allez, petit rappel de droit, puisqu’à Beauvau personne n’a ouvert un code depuis le brevet des collèges.

Article 9 de la Déclaration des droits de l’homme, 1789 : tout homme est présumé innocent, et s’il faut l’arrêter, toute rigueur qui n’est pas nécessaire doit être sévèrement réprimée par la loi. La présomption d’innocence, Laurent Nuñez y a droit. Une gamine de quatorze ans devant son lycée, apparemment, non.

Et leur propre code de déontologie, l’article R434-17, dit qu’une personne interpellée est placée sous la protection du policier et préservée de toute forme de violence. Tu as bien entendu, sous sa protection. Un flic qui frappe un lycéen interpellé ne commet pas une bavure. Il commet un délit.

Le RIO, ou l’impunité organisée

Sauf que pour qu’il paie, il faut savoir qui c’est. D’où le RIO, le matricule que chaque flic doit porter sur son uniforme. Il est obligatoire depuis le 1er janvier 2014.

En 2023, le Conseil d’État ordonne au ministère de le faire respecter. Toujours pas appliqué. Alors le 29 avril dernier, il recommence et somme le ministre de l’Intérieur, donc Laurent Nuñez, d’agir sans délai, avec des équipements distribués avant le 31 décembre 2026.

Pourquoi un ministre traîne-t-il autant à faire porter un numéro à ses agents ? Parce qu’un flic qu’on ne peut pas identifier, on ne peut pas le juger. Le matricule caché n’est pas un oubli. C’est la garantie que la rivière de Belfort, la voiture de Troyes et la gorge d’Alençon finiront toutes en « séquence isolée de son contexte ».

Et si ça va trop loin, il reste l’IGPN, la police des polices, dont le dernier rapport montre que les atteintes à la probité dans la police ont pris quarante-cinq pour cent en un an. Bref, trêve de digression sur la police qui enquête sur la police.

Heureusement qu’on a la police pour nous protéger.

Ces gamins ne réclament ni le chaos ni ta tête. Ils réclament des profs. Et toi, tu leur envoies des voitures, des gazeuses et cinq mille interpellations.

Pas un accident. Un système.

Si tu veux qu’on compte les matricules ensemble jusqu’au 31 décembre, abonne-toi.

Et vous, les lycéens : filmez, relevez les matricules quand il y en a, portez plainte. La loi est de votre côté, même quand la police ne l’est pas. Et le ministre de l’Intérieur, lui, restera ce qu’il est : une grosse cuve à pisse.

ACAB, nonobstant.

📚 Sources officielles