5 juillet 2026
Dix-sept ans aux Renseignements généraux à ficher les antifascistes et les écolos.
Dix-sept ans aux Renseignements généraux à ficher les antifascistes et les écolos. Et un musée d’Hitler dans son salon. La police savait depuis 2018. Épisode 8.
▶ Voir sur Instagram▶ Voir sur YouTube▶ Voir sur TikTok

Jean-Paul Caviggia a passé 17 ans aux renseignements généraux à surveiller les fachos. Sauf qu'il est devenu leur armurier, pour des attentats contre les juifs, les musulmans, les LGBTQIA+, les gauchistes, les écolos, etc. Bienvenue dans cet épisode 8 de ACAB Nonobstant.
Jean-Paul Caviggia était capitaine de police. Il a passé 17 ans aux renseignements généraux, en poste à Marseille. Il a lui-même décrit sa mission aux enquêteurs de la DGSI : couvrir l'extrême gauche, l'extrême droite, la fachosphère et ce qu'il appelle « l'écoradicalisme ». Traduction : l'État le payait pour ficher les antifascistes et les écolos, et pour garder un œil sur les néonazis. Sauf qu'à un moment, il a arrêté de les regarder, les néonazis. Il a commencé à les fournir.
Les policiers perquisitionnent son domicile dans le Var en novembre 2023. Ils y saisissent 89 armes : 3 carabines, 1 mortier, 8 pistolets, 10 revolvers, 28 fusils dont 2 kalachnikovs. Et ils découvrent aussi une pièce entière transformée en musée du IIIe Reich : 2 bustes d'Hitler, un portrait de Pétain, 2 exemplaires de Mein Kampf, un en allemand, un en français, parce que même le fascisme mérite une édition bilingue, apparemment.
Caviggia a envoyé des colis d'armes à un caporal, Émilien Konofal : 14 000 € de flux financiers en 5 mois. Konofal revendait ensuite aux clients néonazis qu'il rencontrait sur Telegram. Il a qualifié son fournisseur de nazi convaincu. C'est pas moi qui le dis, c'est son complice.
Interrogé en garde à vue sur ses échanges avec d'anciens SS et sur sa collection nazie, Caviggia explique que c'est « un réflexe professionnel, à titre documentaire, pas une adhésion. 17 ans de renseignements, j'ai gardé des réflexes. » T'as raison, Jean-Paul, on garde des réflexes. Moi aussi, après des années de chroniques, j'ai gardé un réflexe : je vends pas de kalachnikov aux gens que je critique.
Bref, trêve de digression sur le musée personnel, j'arrive au vrai scandale du dossier. Il y a un commandant de police, toujours en poste aujourd'hui, qui plaisantait avec Caviggia sur une messagerie privée. Par exemple, il légende une photo d'un immeuble construit en forme de croix gammée : « Jipe fait construire ». Tout le monde savait dans ce service, mais personne n'a bougé. Toi, si tu postes un truc un peu vif sur Gaza, t'as une fiche S dans la semaine.
Caviggia a fiché la gauche radicale pendant 17 ans pendant qu'il vendait des kalachnikovs à des néonazis, et il a fallu attendre qu'un caporal craque en garde à vue pour qu'on le découvre. Pourtant, la DGSI le savait depuis 2018. Il y avait une note interne qui recensait déjà une cinquantaine de policiers, gendarmes et militaires gagnés à l'extrême droite violente. 50 profils, et Caviggia a continué sa carrière tranquillement jusqu'en mars 2023.
Le tribunal a rendu son verdict le 3 juillet. Konofal, le pivot du trafic, a pris 7 ans sans peine de sûreté. Caviggia, lui, l'ancien des RG, le fournisseur, l'homme au musée nazi dans son salon : 5 ans, dont 25 mois de sursis probatoire. Le reste, il l'exécute chez lui, sous bracelet électronique. 17 ans à surveiller les dangereux, et le plus dangereux du dossier, c'était lui. Heureusement qu'on a la police pour nous protéger.
Et ACAB, nonobstant, évidemment.
📚 Sources officielles
- Blick (agence), 3 juillet 2026
Verdict du procès de six néonazis à Paris : pivot du trafic condamné à 7 ans sans période de sûreté, policier retraité de 61 ans condamné à 5 ans dont 25 mois de sursis probatoire, reste sous bracelet électronique. Les noms ne sont pas cités.
- 20 minutes (Suisse), 3 juillet 2026
Même verdict : cinq prévenus condamnés pour association de malfaiteurs terroriste, le sixième, policier retraité, pour trafic d'armes ; cibles visées : juifs, musulmans, LGBTQ+ et gauche.
- Le Courrier de l'Atlas, 10 avril 2026
Présentation du dossier avant procès : un jeune militaire achète des armes à un policier retraité et les revend par colis à des clients d'extrême droite ; procès du 23 juin au 3 juillet ; enquête ouverte en 2023.
- Politis, mai 2023 (média de gauche, à recouper)
Une note interne de la DGSI recense une cinquantaine de profils de policiers, gendarmes ou militaires liés à l'extrême droite violente (la page la date de 2017, pas de 2018).
- franceinfo
Article sur le procès à Paris de six hommes pour trafic d'armes (policier retraité reconverti en vendeur d'armes, militaire amateur du IIIe Reich). Page vue dans les résultats de recherche, non ouverte (accès bloqué).

Dans la boutique
T-shirt unisexe - ACAB Nonobstant - Death métal
19,00 € · Voir le produit →
